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Parallèle iconographique Libro del juego de las suertes 1528, naipes & Tarots

En fouinant dans la version numérisé de quelque prestigieuse ibère bibliothèque (la Nacional de España), on peut tomber sur l’étonnant ouvrage de Lorenzo Spirito, « Libro del juego de las suertes« , c’est à dire la version espagnole de 1528 du Libro del Sorte ou Libro delle Sorti de Lorenzo Spirito Gualtieri, l’un des premiers Best-Sellers de l’histoire du livre (ce qui ne l’empêcha pas plus tard d’être mis à l’index).


Les chercheurs assidus du forum tarot history ont discuté récemment de la version originale dont la plus ancienne édition (conservée dans la bibliothèque de la ville d’Ulm) remonte à 1482. Je vous renvoie notamment aux discussions du forum Tarot History, mais surtout au catalogue en ligne de l’exposition La Règle du Jeu – bibliothèque Sainte Geneviève, qui en présente une version française et nous décrit et explique le principe d’utilisation de ce livre d’oracle :

Lorenzo Gualtieri, dit Lorenzo SpiritoLe Passetemps de la fortune des dez, ingenieusement compilé par maistre Laurens l’Esprit… – Paris : C. Sevestre, [1532 ?]. – In-4.
[4 V 805 inv 1833 Rés]
Le Libro delle sorti de Lorenzo Spirito (1482) est le plus célèbre des livres d’oracles. Son titre français, Le Passetemps de la fortune des dez, entend dès 1528 écarter tout soupçon de sorcellerie. On conserve jusqu’au XVIIe siècle quarante-deux éditions de ce petit ouvrage : la condamnation de ce  » mauldict livre » comme « peste tresdangereuse [sic] » dans la bouche de Pantagruel (1546) n’en aura donc pas entaché le succès. L’usage intensif qui en était fait explique le peu d’exemplaires qui nous soient parvenus. L’opuscule, à l’aide de trois dés et de parcours complexes au fil des pages, fait répondre de grands personnages bibliques tels David, Ezéchiel, Abraham ou Moïse à « vingt questions par plusieurs coustumièrement faites »: « Si l’amant est aimé de sa dame, si femme doit avoir fils ou fille, si on doit vaincre et gaigner en une guerre, si… ». Les questions sont réparties autour d’une roue de fortune ; au fil des jets de dés, vingt rois guident le questionneur dans les méandres de l’ouvrage, vers cinquante-six tercets servant de réponses.

L’édition espagnole dont on parle ici présente deux détails distinctifs qui en font un objet d’intérêt pour les amateurs de cartes et Tarot.
Premier détail, pas le plus passionant, par rapport à la roue de Fortune de la version italienne, la Fortune justement a disparu du centre de la roue, telle celle qu’on trouve dans nos Tarots – mais aussi ailleurs :

Deuxième détail, plus frappant, dans la représentation des Rois (quatre par page sur cinq pages) de l’édition espagnole. Ils n’y sont pas cadrés sur la taille – qu’on appellerait même aujourd’hui « plan américain » – comme dans l’édition italienne de 1482 :

plus ancienne édition du Libro delle Sorti de 1482
© stadt bibliothek Ulm

ni portrait cadrés en portraits sur le buste comme dans la version française de 1532 :
Le Passetemps de la fortune des dez,
ingenieusement compilé par maistre Laurens l’Esprit
de 1532
©Bibliothèque Sainte-Geneviève

mais en pied, sur leurs trônes, comme… dans les cartes et Tarots :


©Biblioteca Nacional de España

Autre parallèle étonnant avec nos Tarots : on retrouve dans les deux premiers groupes de quatre Rois deux jeunes glabres et deux plus âgés barbus. Le format des gravures et les postures ne manquent pas de nous rappeler les dessins d’anciennes cartes  et de nos Tarots, ce qui va tout à fait dans le sens d’une des trouvailles exposée par Charly Alverda dans Trois figures hiéroglyphiques : les liens entre imprimeurs et cartiers (cf. le passage sur les Plaisants Devis des seigneurs de la coquille).
Pour ce qui est des cartes on se rappelera par exemple d’Infirrera au motif dit « portugais » :

cartes d’Infirrera ©Andy Pollett
Et bien sûr dans deux grands classiques de nos Tarots, les Rois du Tarot de Jacques Viéville :
Tarot de Viéville circa 1650 ©BNF
et ceux du Tarot de Dodal :
Tarot de Jean Dodal, début XVIIe ©BNF
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