Publié par Laisser un commentaire

de Molière et de la numérologie des tarots

Les références aux Tarots sont, on le sait, plutôt rares dans la littérature française avant la révolution, en particulier au XVIIe siècle, alors que le jeu était vraisemblablement largement produit à Paris et encore répandu au moins dans la première moitié du grand siècle.
Dans Le Tarot, histoire, iconographie, ésotérisme de Gérard Van Rijnberk (Paul Derain, Lyon, 1947), cite Molière page 237 :

le nombre de huit est le nombre de la justice,

Quoi ? Le fameux dramaturge ferait référence à nos chères cartes et cela aurait échappé au radar des diligents chercheurs qui s’affairent sur le sujet ? Que nenni ! Si G. Van Rijnberk rappelle la phrase de Molière ce n’est pas dans la partie historique de son traité, mais bien dans l’étude ésotérique : il s’agit donc du croisement des références symbolique, ici celle du nombre 8 et non de la carte du Tarot qui porte … le même numéro.

Reste que le lecteur peu versé dans la dramaturgie – à l’instar de votre serviteur – voudra sans doute vérifier par lui-même le contexte de cette troublante citation. Il la trouvera dans La Jalousie du Barbouillé, farce en un acte, précisément dans un passage tout de parodie aristotelo-pythagoricienne qui voit le personnage du Docteur énumérer les nombres de un à 10. La tirade qui nous concerne est in extenso :

7° Parce que le nombre de sept est le nombre de la félicité; et comme je possède une parfaite connaissance de tout ce qui peut rendre heureux, et que je le suis en effet par mes talents, je me sens obligé de dire de moi-même: O ter quatuorque beatum!8° Parce que le nombre de huit est le nombre de la justice, à cause de l’égalité qui se rencontre en lui, et que la justice et la prudence avec laquelle je mesure et pèse toutes mes actions me rendent huit fois docteur.9° parce qu’il y a neuf muses, et que je suis également chéri d’elles.10° parce que, comme on ne peut passer le nombre de dix sans faire une répétition des autres nombres, et qu’il est le nombre universel, aussi, aussi, quand on m’a trouvé, on a trouvé le docteur universel: je contiens en moi tous les autres docteurs. Ainsi tu vois par des raisons plausibles, vraies, démonstratives et convaincantes, que je suis une, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, et dix fois docteur.

 Point de tarocs dans cette œuvre, sinon la concordance relevée par Rijnberk.


English version

Références to tarot are, as it is know, pretty scarce in french litterature before the revolution, specifically in the 17th century, while the game was probably quite popular and still produced in Paris, at least the first (big) half of the « grand siècle ».
In his book Le Tarot, histoire, iconographie, ésotérisme, Gérard Van Rijnberk (Paul Derain, Lyon, 1947), quotes Molière, page 237 :

le nombre de huit est le nombre de la justice, (number eight is the number of the justice)

What ? The famous dramaturgist would cite our dear cards and this would have passed under the searchers accurate radar ? Not at all ! If  G. Van Rijnberk quotes Molière’s sentence it is not in the historical part of his treatise, but in the esoteric study : so we’re dealing here with crossed references, here the numerologic value of 8 and not the trump bearing the same number, « JVSTICE ».

Still the ill-litterated reader – as I am – will want to check the context of this troubling quotation. He’ll find it in La Jalousie du Barbouillé, a farce in one act, precisely in a moment which parodise the aristotelo-pythagorician thoughts, where a Doctor enumerates number from 1 to 10. In extenso, the text is as follow (I’ll oblige my english speaking reader by not translating it, which would be an insult both to the author and to my reader) :

7° Parce que le nombre de sept est le nombre de la félicité; et comme je possède une parfaite connaissance de tout ce qui peut rendre heureux, et que je le suis en effet par mes talents, je me sens obligé de dire de moi-même: O ter quatuorque beatum!8° Parce que le nombre de huit est le nombre de la justice, à cause de l’égalité qui se rencontre en lui, et que la justice et la prudence avec laquelle je mesure et pèse toutes mes actions me rendent huit fois docteur.9° parce qu’il y a neuf muses, et que je suis également chéri d’elles.10° parce que, comme on ne peut passer le nombre de dix sans faire une répétition des autres nombres, et qu’il est le nombre universel, aussi, aussi, quand on m’a trouvé, on a trouvé le docteur universel: je contiens en moi tous les autres docteurs. Ainsi tu vois par des raisons plausibles, vraies, démonstratives et convaincantes, que je suis une, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, et dix fois docteur.

 No tarot here, except the coincidence Rijnberk perspicacely noted.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.