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Un peu de réflexion estivale

Voici deux images très intéressantes pour méditer autour de l’iconographie du tarot et de ses gravures.

La première intéressera ceux qui se demandent quelle niveau de « maîtrise » atteignait les graveurs et maîtres cartiers. Mieux que des mots voici une gravure sur boix anonyme de ca. 1550 qui représente le monarque Henry VIII à cheval(cliquer pour agrandir) :

henry VIII à cheval 1550 - godet pub. 118209

La seconde illustration est un report d’un dessin ou d’une gravure de Cantelupe de Henzell Herbert (donc probablement d’après une gravure sur verre) , une critique typiquement « huguenote » de la papauté (1575-1600) :

Herbert - pope as satan 1575-1600Le grand Jean-Marie Lhôte avait déjà relevé dans les années 1970 (in « Le tarot, discours en forme de catalogue en forme de catalogue à propos d’une exposition sur les tarots réalisée par la Maison de la Culture d’Amiens », La Bibliothèque Volante n°1, avril 1971) le choc visuel que provoque certaines images « réformées » chez l’amateur de tarot, celle-ci avec ce pape cornu, aux pieds fourchus et aux ailes noires, intriguera certainement les amoureux des tarots.

Les deux images proviennent de la collection en ligne BPI1700.co.uk

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Tarot : le dessous des cartes

Un documentaire sur le tarot sur une chaîne nationale ?
Oui c’est arrivé  mercredi 13 juin sur France 3 Île-de-France (d’accord pour être exact c’est une chaîne régionale).
On a le plaisir d’y voir beaucoup trop vite l’excellent Thierry Depaulis (à 4 minutes 15 environ) apporter une (trop légère) touche de bon sens. On aurait aimé y voir beaucoup plus Thierry Depaulis (qui y est tout de même assez présent) et moins de « people » (présentés en tant que témoins-clients) – un peu moins aussi les « hypothèses » fumeuses sur l’origine des Tarots ou alors avec un peu plus de bémols.
Un documentaire vraiment pas si mal réalisé qui a le mérite d’exister et de présenter essentiellement un certain aspect sociologique des pratiques de cartomancie aujourd’hui avec des points de vues variés – même si les classiques écueils communs n’ont pas été évités (ou ne sont pas systématiquement nuancés) et que les tarots historiques y sont un peu éludés au profit de créations plus récentes (notamment les illustrations des plans de coupes), le bilan est extrêmement positif.
Plusieurs professionnels de la cartomancie s’y expriment avec moins de forfanterie et plus de pudeur que les clichés habituels sur les devineresses et devins habituellement mis en scène à la télévision.
Cinquante-deux minutes sur le tarot, c’est tout de même assez rare pour mériter le coup d’œil !

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Tarology : les po(i)ëtiques du Tarot avec Enrique Enriquez

Un documentaire à ne rater sous aucun prétexte sur le Tarot à travers le regard et les mots d’Enrique Enriquez : Tarology, réalisé par Chris DeLeo et Kimberley NaughTon.

Même sans être initié à la langue de Shakespeare on pourra comprendre l’intérêt de la transmission d’E.E. à travers cette bande annonce tout à fait réussie. Le DVD est proposé à l’achat immédiat pour une cinquantaine de dollars américains, il sera disponible dès le 1er juin mais les acheteurs qui l’auront précommandé n’auront pas de frais de port à payer.

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Seigneur des Accords et langue des oiseaux

Etienne Tabourot (1547-1590) alias le Seigneur des Accords, précurseur de Grasset d’Orcet (dont la lecture eut le retentissement que l’on sait chez Fulcanelli et les alchimologues à sa suite, ainsi que par ricochet chez un grand nombre de Tarotologues de la tendance ésotériste) fut sans doute le pionnier de l’explication de ce que Grasset désignera bien plus tard comme « la langue des oiseaux », étymologie sauvage ou art du calembour à haut sens ?

A découvrir ses armes parlantes ornées d’un tambour auxquelles il ajouta la devise « à tous accords », on comprend que Tabourot ait développé et exposé dans ses « Bigarrures et touches avec les apophtegmes du sieur Gaulard » le décryptage et la construction des Rébus de Picardie, des Equivoques François et autres Antistrophes ou Contrepeteries, Anagrammes, Vers Léonins, etc…

Le lien à nos cartes n’est à priori pas tout de suite évident et direct. Avant d’en venir au cœur du sujet de nos cartes et donc du présent article, je vais me permettre de digresser rapidement sur quelques aspects qui nourriront néanmoins la curiosité de l’amateur de Tarots
Notons d’abord que nombres d’auteurs cités par Tabourot ne sont pas inconnus des auteurs traitant de l’histoire des Tarots, cependant la renommée desdits auteurs était telle qu’il est à peu près certain qu’on les trouverait également dans des recueils culinaires de même époque (Clément Marot, Merlin Coccaï, François Rabelais ou Pierre L’Aretin).

Après avoir remercié les mythiques ou possibles inventeurs des lettres (Memnon ou Mercure ou Thetas, les Phéniciens, les Ethiopiens, les Assyriens, etc…), Tabourot analyse les vertus hiéroglyphiques de nos caractères, par exemple :

« Q, pour ce qu’il ressemble au cul, duquel sort de l’ordure. »

Puis vient le chapitre sur les Rébus de Picardie. C’est l’occasion de rencontrer les tarots dans une des trois orthographes utilisées par Tabourot : TARAUT. Au verso du folio 5 de l’édition de 1595 (à Paris, par Claude Montr’œil et Jean Richer) un exemple de rébus décrit mais non illustré nous raconte ce qui suit :

Un amant, dit-il, la maistresse duquel avoit nom Caterina, exprimoit ainsi son nom, pour le porter toujours sur luy: c’estoit qu’au milieu de sa chesne ou Catena, il y avoit un roy de deniers, tel qu’on les peint aux cartes de Taraut, que l’on appelle ry en langue Boulonnoise: voulant dire en outre que sa Caterina valoit tous les deniers du monde. L’invention grasse de ce messer consistoit en ce qu’il n’appelloit l’un des costez de sa chesne que Cate, et l’autre faisoitna, qui est la dernière syllabe de Catena: au milieu de laquelleestoit ce ry ou roy en françois.

roi de Deniers du Tarot de Vieville

Suivent d’autres rébus avec moins de cartes mais moult illustrations desquelles je retiendrai les deux exemples suivant :

Viennent après les Rébus de Lettres et de Notes de musiques, ainsi que – moins courant – les jeux de dés, que je signale pour le curieux qui chercherait une interprétation alternative aux dés de la carte du bateleur par exemple :

Ensuite on se rendra – sautant un passage sur lequel on reviendra – au chapitre VI, Des autres équivoques par amphibologies, vulgairement appelez Des Entends trois. Expliqués par de doctes exemples latins, ces propositions que les anglophones – plus économes – qualifieraient de « double entendre » s’articulent autour des ambiguïtés et des interprétations multiples, ou « vices d’oraison » (f.41r).
Au folio 51 et à son verso (de l’édition citée plus haut) on trouve une deuxième orthographe, TAROT, sans le s final cette fois, et précédé d’un article au singulier.

Je cognois une femme de bona voglia, qui jouoit fort volontiers à toutes fortes de jeux, nommément au Tarot. Advenue la mort de son mary, l’on disoit qu’elle ne joueroit plus au Tarot, pource qu’elle avoit perdu son excuse, toutes fois elle n’a pas laissé d’y jouer depuis.

Le Fol du tarot de Jean-Pierre Payen, coll. Cary
Le Mat ou Fol servait déjà à s’excuser, comme on peut le lire dans la règle de 1637.

(notons qu’une édition ultérieure de 1620 orthographie « TOROT », une coquille évidemment qu’on ne retiendra pas au vu de l’édition précédente).

Ce passage est immédiatement suivi d’une autre référence aux cartes seulement :

Vn autre galleuse disoit en ioüant aux cartes, Mon Dieu ! que i’ay vne belle main. Ouy, si elle n’estoit verolee, respondit vn qui perdoit, de grand despit.

Enfin, et pour reconnecter aux brûlantes questions ornitholingues et à nos cartes en particulier, revenons en arrière au savoureux chapitre des Equivoques François.
Calembours, holorimes au mot à mot d’un ton assez gaillard (par ex. : contendre, compromis, …), voilà le principe des équivoques.
C’est à ce sujet que l’on retrouve encore les tarots chez Tabourot.
Au dos du feuillet 29 de l’édition de 1595 on trouve cet exemple d’équivoque avec l’orthographe TAROTS , pluriel comme le confirme l’article :

Or, descendons un peu sur les femmes : J’ay veu une certaine jouant aux tarots, laquelle comme ce vint à son tour d’avoir la main, escarta le roy de baston. Et voyant qu’il tardoit trop à venir, asseurée selon la disposition du jeu et nombre de ses triomphes, qu’il ne luy pouvoit eschapper, dit à l’un de ceux qui joûoient avec elle: Monsieur, il faut que j’aye vostre roi de baston. A quoy celuy qui l’avoit fit response : Vrayement, il est à votre commandement, quand il vous plaira, mon roide baston. N’estoit-ce pas présenter son service à propos?

Assurément !

ROY.DE.BASTONS. du Tarot de Jean Dodal

L’étude du travail de Tabourot montre que ces jeux de consonnances, d’holorimes, d’amphibologies ne datent pas d’hier ni du XIXe siècle – il a surtout le mérite de nous rappeler de quoi il s’agit : d’un jeu et d’une actualisation de la parole, qui n’a rien à voir avec une quelconque forme d’étymologie secrète ni d’un codage mystérieux réservé aux initiés, mais bien plus d’une discipline calembouresque qu’on retrouvera plus tard dans le monde merveilleux des pataphysiciens et chez les humoristes de tout poil (de ch’val).

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Pour amateurs d’estampes

En attendant de plus amples mises à jour de ce blog, voici un lien proprement ravissant.
Le service de l’estampe ancienne de la Bibliothèque nationale de France propose un superbe blog : Ad Vivum.
La présentation du site démarre par une citation qui sera certainement évocatrice pour les amateurs de tarots, tant par son contenu que par son auteur :

Et certes si plusieurs personnes de qualité, qui ont de l’esprit, aussi bien que des richesses, sçavoient le plaisir que donnent les belles Estampes, lesquelles contiennent presque tout ce qu’il y a de plus considerable dans les ouvrages exquis des plus grands Peintres & Sculpteurs qui ont vescu en divers siecles, il est certain qu’il ne s’en trouveroit pas assez pour contenter leur curiosité.

Michel de Marolles
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Parallèle iconographique Libro del juego de las suertes 1528, naipes & Tarots

En fouinant dans la version numérisé de quelque prestigieuse ibère bibliothèque (la Nacional de España), on peut tomber sur l’étonnant ouvrage de Lorenzo Spirito, « Libro del juego de las suertes« , c’est à dire la version espagnole de 1528 du Libro del Sorte ou Libro delle Sorti de Lorenzo Spirito Gualtieri, l’un des premiers Best-Sellers de l’histoire du livre (ce qui ne l’empêcha pas plus tard d’être mis à l’index).


Les chercheurs assidus du forum tarot history ont discuté récemment de la version originale dont la plus ancienne édition (conservée dans la bibliothèque de la ville d’Ulm) remonte à 1482. Je vous renvoie notamment aux discussions du forum Tarot History, mais surtout au catalogue en ligne de l’exposition La Règle du Jeu – bibliothèque Sainte Geneviève, qui en présente une version française et nous décrit et explique le principe d’utilisation de ce livre d’oracle :

Lorenzo Gualtieri, dit Lorenzo SpiritoLe Passetemps de la fortune des dez, ingenieusement compilé par maistre Laurens l’Esprit… – Paris : C. Sevestre, [1532 ?]. – In-4.
[4 V 805 inv 1833 Rés]
Le Libro delle sorti de Lorenzo Spirito (1482) est le plus célèbre des livres d’oracles. Son titre français, Le Passetemps de la fortune des dez, entend dès 1528 écarter tout soupçon de sorcellerie. On conserve jusqu’au XVIIe siècle quarante-deux éditions de ce petit ouvrage : la condamnation de ce  » mauldict livre » comme « peste tresdangereuse [sic] » dans la bouche de Pantagruel (1546) n’en aura donc pas entaché le succès. L’usage intensif qui en était fait explique le peu d’exemplaires qui nous soient parvenus. L’opuscule, à l’aide de trois dés et de parcours complexes au fil des pages, fait répondre de grands personnages bibliques tels David, Ezéchiel, Abraham ou Moïse à « vingt questions par plusieurs coustumièrement faites »: « Si l’amant est aimé de sa dame, si femme doit avoir fils ou fille, si on doit vaincre et gaigner en une guerre, si… ». Les questions sont réparties autour d’une roue de fortune ; au fil des jets de dés, vingt rois guident le questionneur dans les méandres de l’ouvrage, vers cinquante-six tercets servant de réponses.

L’édition espagnole dont on parle ici présente deux détails distinctifs qui en font un objet d’intérêt pour les amateurs de cartes et Tarot.
Premier détail, pas le plus passionant, par rapport à la roue de Fortune de la version italienne, la Fortune justement a disparu du centre de la roue, telle celle qu’on trouve dans nos Tarots – mais aussi ailleurs :

Deuxième détail, plus frappant, dans la représentation des Rois (quatre par page sur cinq pages) de l’édition espagnole. Ils n’y sont pas cadrés sur la taille – qu’on appellerait même aujourd’hui « plan américain » – comme dans l’édition italienne de 1482 :

plus ancienne édition du Libro delle Sorti de 1482
© stadt bibliothek Ulm

ni portrait cadrés en portraits sur le buste comme dans la version française de 1532 :
Le Passetemps de la fortune des dez,
ingenieusement compilé par maistre Laurens l’Esprit
de 1532
©Bibliothèque Sainte-Geneviève

mais en pied, sur leurs trônes, comme… dans les cartes et Tarots :


©Biblioteca Nacional de España

Autre parallèle étonnant avec nos Tarots : on retrouve dans les deux premiers groupes de quatre Rois deux jeunes glabres et deux plus âgés barbus. Le format des gravures et les postures ne manquent pas de nous rappeler les dessins d’anciennes cartes  et de nos Tarots, ce qui va tout à fait dans le sens d’une des trouvailles exposée par Charly Alverda dans Trois figures hiéroglyphiques : les liens entre imprimeurs et cartiers (cf. le passage sur les Plaisants Devis des seigneurs de la coquille).
Pour ce qui est des cartes on se rappelera par exemple d’Infirrera au motif dit « portugais » :

cartes d’Infirrera ©Andy Pollett
Et bien sûr dans deux grands classiques de nos Tarots, les Rois du Tarot de Jacques Viéville :
Tarot de Viéville circa 1650 ©BNF
et ceux du Tarot de Dodal :
Tarot de Jean Dodal, début XVIIe ©BNF
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Éditions modernes du Tarot Parisien Anonyme

On sait peu de choses de ce magnifique Tarot qui nous arrive dans toute sa complétude au moins du XVIIe siècle, dont il pourrait bien être l’un des plus anciens exemplaires, et qui est sans doute le plus ancien Tarot complet encore conservé à ce jour. Classé par Thierry Depaulis(1) dans les Tarots de fantaisie, il présente une séquence des atouts tout ce qu’il y a de plus « canonique » par rapport aux Tarots dits de Marseille, et témoigne d’influences italiennes pour les légendes des cartes mais espagnoles pour la représentation des cartes numérales, influences partagées avec certains jeux du Oberdeutscher Stecher (le Maître de la Haute Allemagne) au XVe siècle.


Aujourd’hui, on peut – avec de la chance – en trouver un des deux fac-similés. Le premier a été édité par André Dimanche et fabriqué par Grimaud aux alentours de 1984, le second ensuite édité par Profutur et fabriqué par Carbonnel.

Voici un petit comparatif de ces deux éditions, qui permettront de les identifier facilement.
Premier point la boîte, dans l’illustration en début de cet article et dans les photographies qui suivent, à gauche la version Dimanche ornée de la carte « Le Monde », à droite la version Profutur avec « Le Soleil ».

Comme on peut le voir en regardant simplement les boîtes, l’édition Profutur semble dérivée de l’édition Dimanche, avec moins de soin dans la mise en page, et en recouvrant par de gros pavé blanc l’ancien texte. Elle n’a pas non plus le liseret doré qui fait cartouche autour du texte de l’édition Dimanche.

La boîte de l’édition Profutur est légérement plus haute et large mais moins profonde que celle de l’édition Dimanche, on va voir pourquoi.

La taille des cartes de l’édition Profutur (toujours à droite) dépasse d’un peu moins d’1,5mm en hauteur celle des cartes de l’édition Dimanche (toujours à gauche). Le dessin des cartes lui même fait environ 1mm de plus en hauteur.
Les cartes Profutur présentent un vernis épais et très brillant qui a tendance à accrocher, alors que celui des cartes Dimanche est plus mat – et glisse mieux.
Un détail qui ne se voit pas en photo, c’est la qualité du carton, bien rigide et plus épais d’une couche au moins dans la version Dimanche, (trop) souple et plus fin dans la version Profutur.

La qualité des reproductions n’est pas la même non plus. On peut voir à droite que les images Profutur présentent beaucoup plus de grain, alors que dans la version Dimanche les aplats sont plus homogènes ; dans les deux cas on  peut discerner les coups de pinceaux ou de brosse de la coloration pour certaines couleurs. Comme dans d’autres fac-similés de cartes anciennes, ce sont les rouges vifs qui sont les plus vagues.

Quand on s’attarde sur les dos, on se demande pourquoi la version Profutur a fait ce choix d’un fond rosé imprimé de bleu quand la version Dimanche a un fond blanc cassé imprimé de gris. Les deux versions reprennent heureusement le motif d’origine (identique à celui qui orne également les dos des Tarots de Noblet, Viéville et Rolichon au moins).

En outre les dos de la version Profutur présentent des variations importantes de chromie d’une carte à l’autre.
Le livret est plus épais dans la version Dimanche et pour cause : il contient bien plus de pages avec un texte de Thierry Depaulis, la version Profutur ne gardant que la partie « cartomancie » du texte commune aux deux livrets.

Pour résumer et comme on l’aura compris, la version Dimanche est de bien meilleure qualité. Cela n’empêche que trouver l’une ou l’autre édition sera en tous les cas une aubaine pour l’amateur de Tarots ou le collectionneur de cartes.

(1) dans l’indispensable et incontournable Tarot, jeu et magie, Bibliothèque Nationale, 1984

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Sol Fama

Voici une note en passant pour se distraire sans aucune prétention, surtout pas historique !
Sans prouver ou contredire que Fama est là pour Renommée,l’extrait « hors-sujet » et hors-contexte d’un texte de Matteo Boiardo (tarologiquement connu et cité pour un autre texte) offre une proposition de sens (de lecture) pour l’étendard de la carte XIIII de Viéville :

Dopo la morte sol fama n’ avanza, 
E veramente son color tapini, 
Che d’ aggrandirla sempre non han cura, 
Perché sua vita poco tempo dura.

Orlando Innamorato,  Matteo Maria Boiardo

Certains veulent y lire « fama sol » comme dans les tarots flamands, pourtant le texte en miroir est bien « sol fama » dans cet ordre, comme dans l’Orlando Innamorato de Boiardo. Ce qui n’implique pas forcément qu’on doive identifier cette XIIII à la renommée. Ce qui n’implique pas non plus qu’on ne puisse pas la lire dans l’autre sens. Ce qui n’interdit pas non plus toutes les interprétations des mots « sol fama » qu’on peut donner. Néanmoins, ce bout de phrase « après la mort, sol fama » résonne fort agréablement avec la carte XIIII du tarot de Jacques Viéville, précédée qu’elle est par la XIII.

Elle résonne évidemment aussi avec les Triomphes de Pétrarques, influence notoire de Boiardo, triomphe de la Renommée sur la Mort:


Da poi che Morte triunfò nel volto
che di me stesso triunfar solea,
e fu del nostro mondo il suo sol tolto,
partissi quella dispietata e rea,
pallida in vista, orribile e superba
che ‘l lume di beltate spento avea:
quando, mirando intorno su per l’erba,
vidi da l’altra parte giugner quella
che trae l’uom del sepolcro e ‘n vita il serba.

Après que la Mort eut triomphé
de celle qui d’ordinaire triomphait de moi,
et que notre monde eut été privé de son soleil,
Cette impitoyable et mauvaise partit,
la pâleur empreinte sur son visage, horrible,
glorieuse d’avoir éteint le flambeau de beauté.
Soudain, regardant autour de moi parmi les herbes,
je vis venir du côté opposé celle qui tire l’homme
du tombeau, et le fait revivre.

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au hasard de livres d’emblèmes

La Lune…

dans sa version du Tarot par Dodal (image de Wikipedia)

signalée par Pen sur tarot-history :
Comme la plaine Lune, esclairante le Monde,
Mesprise ce mastin qui en vain iappe & gronde
Ainsi soit mesprise tout sot qui sans cesser
Christ ou ses serviteurs ose bien harasser. 

ci-dessus donc avec un chien (Mastin)
et puis là avec une écrevisse :