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Exposition « Art du jeu, Jeu dans l’art »

Signalée par Sésame sur le forum traditiontarot, l’exposition « Art du jeu, jeu dans l’art, de Babylone à l’Occident Médiéval » se tient jusqu’au 4 mars 2013 au Musée de Cluny à Paris.
On y peut admirer 7 cartes des célèbres tarots ferrarais dits de Charles VI, c’est assez exceptionnel pour le signaler et y faire quelques visites avant la fin de l’exposition !

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Seigneur des Accords et langue des oiseaux

Etienne Tabourot (1547-1590) alias le Seigneur des Accords, précurseur de Grasset d’Orcet (dont la lecture eut le retentissement que l’on sait chez Fulcanelli et les alchimologues à sa suite, ainsi que par ricochet chez un grand nombre de Tarotologues de la tendance ésotériste) fut sans doute le pionnier de l’explication de ce que Grasset désignera bien plus tard comme « la langue des oiseaux », étymologie sauvage ou art du calembour à haut sens ?

A découvrir ses armes parlantes ornées d’un tambour auxquelles il ajouta la devise « à tous accords », on comprend que Tabourot ait développé et exposé dans ses « Bigarrures et touches avec les apophtegmes du sieur Gaulard » le décryptage et la construction des Rébus de Picardie, des Equivoques François et autres Antistrophes ou Contrepeteries, Anagrammes, Vers Léonins, etc…

Le lien à nos cartes n’est à priori pas tout de suite évident et direct. Avant d’en venir au cœur du sujet de nos cartes et donc du présent article, je vais me permettre de digresser rapidement sur quelques aspects qui nourriront néanmoins la curiosité de l’amateur de Tarots
Notons d’abord que nombres d’auteurs cités par Tabourot ne sont pas inconnus des auteurs traitant de l’histoire des Tarots, cependant la renommée desdits auteurs était telle qu’il est à peu près certain qu’on les trouverait également dans des recueils culinaires de même époque (Clément Marot, Merlin Coccaï, François Rabelais ou Pierre L’Aretin).

Après avoir remercié les mythiques ou possibles inventeurs des lettres (Memnon ou Mercure ou Thetas, les Phéniciens, les Ethiopiens, les Assyriens, etc…), Tabourot analyse les vertus hiéroglyphiques de nos caractères, par exemple :

« Q, pour ce qu’il ressemble au cul, duquel sort de l’ordure. »

Puis vient le chapitre sur les Rébus de Picardie. C’est l’occasion de rencontrer les tarots dans une des trois orthographes utilisées par Tabourot : TARAUT. Au verso du folio 5 de l’édition de 1595 (à Paris, par Claude Montr’œil et Jean Richer) un exemple de rébus décrit mais non illustré nous raconte ce qui suit :

Un amant, dit-il, la maistresse duquel avoit nom Caterina, exprimoit ainsi son nom, pour le porter toujours sur luy: c’estoit qu’au milieu de sa chesne ou Catena, il y avoit un roy de deniers, tel qu’on les peint aux cartes de Taraut, que l’on appelle ry en langue Boulonnoise: voulant dire en outre que sa Caterina valoit tous les deniers du monde. L’invention grasse de ce messer consistoit en ce qu’il n’appelloit l’un des costez de sa chesne que Cate, et l’autre faisoitna, qui est la dernière syllabe de Catena: au milieu de laquelleestoit ce ry ou roy en françois.

roi de Deniers du Tarot de Vieville

Suivent d’autres rébus avec moins de cartes mais moult illustrations desquelles je retiendrai les deux exemples suivant :

Viennent après les Rébus de Lettres et de Notes de musiques, ainsi que – moins courant – les jeux de dés, que je signale pour le curieux qui chercherait une interprétation alternative aux dés de la carte du bateleur par exemple :

Ensuite on se rendra – sautant un passage sur lequel on reviendra – au chapitre VI, Des autres équivoques par amphibologies, vulgairement appelez Des Entends trois. Expliqués par de doctes exemples latins, ces propositions que les anglophones – plus économes – qualifieraient de « double entendre » s’articulent autour des ambiguïtés et des interprétations multiples, ou « vices d’oraison » (f.41r).
Au folio 51 et à son verso (de l’édition citée plus haut) on trouve une deuxième orthographe, TAROT, sans le s final cette fois, et précédé d’un article au singulier.

Je cognois une femme de bona voglia, qui jouoit fort volontiers à toutes fortes de jeux, nommément au Tarot. Advenue la mort de son mary, l’on disoit qu’elle ne joueroit plus au Tarot, pource qu’elle avoit perdu son excuse, toutes fois elle n’a pas laissé d’y jouer depuis.

Le Fol du tarot de Jean-Pierre Payen, coll. Cary
Le Mat ou Fol servait déjà à s’excuser, comme on peut le lire dans la règle de 1637.

(notons qu’une édition ultérieure de 1620 orthographie « TOROT », une coquille évidemment qu’on ne retiendra pas au vu de l’édition précédente).

Ce passage est immédiatement suivi d’une autre référence aux cartes seulement :

Vn autre galleuse disoit en ioüant aux cartes, Mon Dieu ! que i’ay vne belle main. Ouy, si elle n’estoit verolee, respondit vn qui perdoit, de grand despit.

Enfin, et pour reconnecter aux brûlantes questions ornitholingues et à nos cartes en particulier, revenons en arrière au savoureux chapitre des Equivoques François.
Calembours, holorimes au mot à mot d’un ton assez gaillard (par ex. : contendre, compromis, …), voilà le principe des équivoques.
C’est à ce sujet que l’on retrouve encore les tarots chez Tabourot.
Au dos du feuillet 29 de l’édition de 1595 on trouve cet exemple d’équivoque avec l’orthographe TAROTS , pluriel comme le confirme l’article :

Or, descendons un peu sur les femmes : J’ay veu une certaine jouant aux tarots, laquelle comme ce vint à son tour d’avoir la main, escarta le roy de baston. Et voyant qu’il tardoit trop à venir, asseurée selon la disposition du jeu et nombre de ses triomphes, qu’il ne luy pouvoit eschapper, dit à l’un de ceux qui joûoient avec elle: Monsieur, il faut que j’aye vostre roi de baston. A quoy celuy qui l’avoit fit response : Vrayement, il est à votre commandement, quand il vous plaira, mon roide baston. N’estoit-ce pas présenter son service à propos?

Assurément !

ROY.DE.BASTONS. du Tarot de Jean Dodal

L’étude du travail de Tabourot montre que ces jeux de consonnances, d’holorimes, d’amphibologies ne datent pas d’hier ni du XIXe siècle – il a surtout le mérite de nous rappeler de quoi il s’agit : d’un jeu et d’une actualisation de la parole, qui n’a rien à voir avec une quelconque forme d’étymologie secrète ni d’un codage mystérieux réservé aux initiés, mais bien plus d’une discipline calembouresque qu’on retrouvera plus tard dans le monde merveilleux des pataphysiciens et chez les humoristes de tout poil (de ch’val).

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Images fantômes : le baiser des cartes

Le tarot de Pierre Madénié (récemment publié en fac similé par Yves Reynaud et disponible auprès de Tarot de Marseille Héritage) présente une caractéristique que l’on retrouve sur différents autres jeux : les images « fantômes » des lignes de certaines cartes.

On peut les observer par exemple en scrutant bien la Papessse (III) et le Cavalier de Deniers :

Ici à gauche un agrandissement de la Papesse et à droite du Cavalier de Deniers, on note clairement les traits du pan de tissu caractéristique de la Papesse – ceux qui possèdent la reproduction du jeu pourront retrouver des traces du cavalier sur la Papesse.

Phénomène similaire mais plus flagrant sur la Reine de Bâtons et le Bateleur (I).

Le Mat et L’Amoureux (VI) se répondent également : on retrouve entre le corps et le bras du Mat le visage du personnage de droite de l’Amoureux, et derrière la tête du Mat les rayons de l’ange.

Enfin certaines cartes se répondent à elles-mêmes, ainsi en est-il de ce cavalier de Bâtons et de cet Empereur (IV) (les contrastes ont été exagérés afin de rendre les traces plus lisibles).
On peut en examinant attentivement les autres cartes repérer beaucoup d’autres exemples, souvent avec des cartes plus décalées.

Mais comment ces traces sont-elles arrivées là ? Pourquoi les traits et pas les couleurs ?
Hé bien tout cela s’explique logiquement si l’on s’intéresse aux méthodes des cartiers.

Quelles hypothèses peut-on retenir ? Il s’agit seulement des traits, seraient-ce du recyclage de feuilles imprimées au verso ?
On peut sereinement affirmer que non, le choix des papiers et la préservation de leurs qualités était des points qui importaient particulièrement aux cartiers, on n’aurait donc pas réutilisé un papier déjà imprimé. En outre les manipulations pour une première impression auraient vraisemblablement rendu les feuilles inutilisable pour une utilisation subséquente, et enfin on n’imprime pas n’importe quel côté du papier. De plus on peut douter que la transparence du papier ait permis une image aussi nette.

En fait ces traces apparaissent suite à un phénomène connu et documenté par les maîtres cartiers dont on peut retrouver le nom grâce à Duhamel du Monceau : les cartes ont baisé.


J’ai pu faire l’expérience de ce phénomène des cartes qui baisent lors de la réalisation des mes Triomphes de Paris, mais n’étant pas soumis aux contraintes des cartiers j’ai pu intercaler des feuilles de protection, qui peuvent illustrer de façon séparée ce phénomène :

Dans l’exemple ci-dessus on remarque qu’une zone ayant reçu trop de colle – donc plus humide – laisse une marque notablement plus foncée.

Dans cet autre exemple on peut voir une contre-marque plus homogène.

Le baiser des cartes se produit après le collage des planches imprimées sur les feuilles intérieures d’étresse et le dos. L’habillage – la mise en couleurs des cartes – n’intervient que sur des cartes déjà collées, c’est pour cette raison que nos images fantômes ne sont pas colorées.
L’organisation du travail impose que lorsqu’on fait le collage, le mêlage des cartes fasse qu’une face regarde une face et un dos regarde un dos. Les surfaces sont ensuite encollées en suivant cet ordre, et le tas collé est porté à la presse.

Duhamel du Monceau attribue essentiellement la contre marque des images à l’encrage excessif des moules, mais il y a un autre facteur qui entraine le baiser des cartes : l’humidité due à l’encollage. Lorsqu’on effectue le collage du papier cartier (pour les dos des cartes standard) ou du papier dit « au pot » (pour les faces) sur les étresses, les feuilles imprimées ont séché et ne présentent pas le baiser, cependant la charge d’humidité de la colle « réveille » l’encre qui peut alors s’appliquer sur la feuille qui lui fait face.

Pourquoi les cartiers n’intercalaient-ils pas de feuille de protection ? C’est la réflexion moderne que l’on se fait si on oublie rapidement que le papier était cher, que les feuilles utilisées n’auraient pas été réutilisables, que l’insertion de feuilles supplémentaires aurait alourdi les tas de feuilles, ralenti les manipulations, etc… beaucoup de considérations et contraintes qui expliquent que l’attention à l’encrage était plus important et plus économiques, les cartes baisées pouvant être tout de même vendues – puisqu’on voit qu’elles ont été portées à l’habillage.

Qu’apprend-on de ces marques ? Peu de choses en fait puisque l’ « Art du Cartier » explique ce phénomène que l’expérience empirique confirme. Toutefois les plus curieux noteront qu’elles donnent quelques indications sur la composition des moules : par exemple on peut comprendre que les cartes de l’Empereur, des Cavaliers de Bâton et d’Epées étaient vraisemblablement au centre de leurs rangées sur les moules, puisque se retrouvant face à leur semblable une fois les feuilles entassées.
Les décalages des cartes nous indiquent également que les tas de cartes n’étaient pas strictement alignés – en tous cas pas suivant nos critères modernes – alors que Duhamel du Monceau insiste sur ce point de l’alignement des feuilles, il faut donc l’entendre dans le contexte technique de l’époque.
La possibilité de voir l’espace entre deux cartes nous donne aussi une indication sur la composition des moules et la découpe des cartes.

On peut être reconnaissant à Monsieur Duhamel du Monceau d’avoir si bien décrit le travail des maîtres cartiers du XVIIe siècle (NB : l’ouvrage édité au XVIIIe témoigne plus des techniques du XVIIe siècle ainsi que l’a expliqué Thierry Depaulis), et notamment d’avoir témoigné de leur jargon qui prend toute sa couleur et sa poésie une fois remis dans le fil de l’action : en effet c’est dans l’intimité de la presse et la moiteur de la colle que les cartes baisent, juste avant d’être habillées !

édition : pour être honnête et moins graveleux, le terme « baiser » fait bien évidemment référence aux traces de rouge à lèvres que laisse un baiser, mais l’ambiguïté du terme est sans doute volontaire.

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Un cartier à Marseille en 1971 – Camoin ou la fin de la tradition à Marseille

cartes à enseignes espagnoles A.Camoin & Cie.
probablement années 1950
coll.personnelle

On peut trouver sur le site de l’INA un sujet télévisé consacré à la carterie « Camoin & Cie. » du 11 juin 1971, quelques temps avant sa fermeture définitive dans les années 1970.

On est indéniablement très loin du travail des cartiers de la fin du XVIIIe siècle, seules les opérations de tri des cartes sont encore manuelles. Le reportage se focalise sur les Tarots, cependant on y voit également des cartes à enseignes espagnoles ou celles destinées au marché asiatique. Conclusion du reporter : cette tradition de cartiers a fait de Marseille la capitale… « de la belote » !
Si, comme le reportage l’indique, l’activité de la carterie peut remonter à 1760, on parle alors de celle de Conver puis Levenq de Conver & cie, à laquelle Jean-Baptiste Camoin (1819-1886) fut associé par son mariage en 1863 à Marie Magdeleine Martin, elle même associée de ladite fabrique.
Thierry Depaulis décrit dans « Cartes à jouer et Tarots de Marseille » comment Jean-Baptiste Camoin pris la main sur l’entreprise de carterie, avant de devenir le seul cartier marseillais, en écrasant ou achetant sa concurrence grâce à l’industrialisation de la fabrication des cartes. TD indique également

« avant l’arrivée de Camoin dans l’entreprise, tout se faisait à bras, l’impression, le lissage, le découpage, la mise en couleur »

Le nom de Camoin marque donc l’arrêt définitif de la fabrication des cartes à jouer dans la tradition des maîtres cartiers à Marseille.

VERSION ANGLAISE CI-DESSOUS / ENGLISH TRANSLATION BELOW

On the INA (Institut National de l’Audiovisuel)’s website, can be found a 1971 video about the card-factory « Camoin & Cie. », a few years before it permanently went out of business and closed.
(see video above)
Indeed, this is very far from the older cardmakers from the XVIIIth century, the only operations still made by hand being the sorting of the cards. The video focuses on the Tarots, although some spanish suit or asian cards can be seen too. The journalist concludes by celebrating Marseille as the capital of … belote ! 
As the reporter indicates, the card factory business may date back to 1760, but there was no « Camoin » then, as it was Conver and afterwards Levenq de Conver & Cie. Jean-Baptiste Camoin (1819-1886)  became associated to the said factory by his second mariage in 1863 to Marie Magdeleine Martin, who was herself a partner in the factory. Thierry Depaulis describes pretty well in « Cartes à Jouer et Tarots de Marseille » how J-B Camoin took ahold of the company, not long before becoming the only cardmaker in Marseille, by buying his competitors or crushing them through the industrialization of cards production.
TD also writes
« before Camoin arrived in the company, everything was made by hand, printing, smoothing, cutting, coloring »
So we can understand that the arrival of the Camoin name in cardmaking marks the definitive cessation of the master cardmakers tradition.
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Description de cartomancie en 1738

Dans les « Lettres Badines et Sérieuses…, Lettres sur la Hollande et les Hollandois » d’Antoine de la Barre de Beaumarchais, on trouve en 1738 une description assez précise d’une séance de consultation de cartomancie en Hollande :

non que l’auteur soit favorable, la page précédente condamnait tout autant les superstitieuses Dames qui se faisaient tromper par « des femmes sans éducation et sans esprit« .
On regrette évidemment que M. de la Barre de Beaumarchais ait omis de nous décrire les cartes utilisées dans cette pratique !

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L’Art de tirer les cartes de J.Méry et un certain « Tarot Italien » de Besançon fait à Paris

 « L’Art de tirer les cartes » est un de ces manuels de cartomancie de la  première moitié du XXe siècle. L’une de ses couvertures est reproduite ci-contre, une plus ancienne l’est ci-dessous.


Si son titre n’est pas d’une originalité fulgurante ( Almanach de la bonne aventure, contenant l’art de tirer les cartesAlmanach du présent et de l’avenir : les songes expliqués, suivis de l’art de tirer les cartes et de prédictions pour chaque mois par Cibilia, Almanach-manuel de l’art de tirer les cartes : ou révélations complètes sur les destinées…  par Johannès Trismégiste,  L’Art de tirer les cartes françaises, suivi de l’Explication du Livre de Thet, ou Jeu de la princesse Tarot… par Johannès Trismégiste encore,  L’Art de tirer les cartes, ou le Moyen de lire dans l’avenir par le rapprochement des évènemens qui démontrent sans réplique l’art chronomancique « Traduit d’un manuscrit arabe », La Cartomancie ancienne et nouvelle, ou Traité complet de l’art de tirer les cartes égyptiennes ou françaises, tarots, etc.,… « recueilli et mis en ordre par Halbert (d’Angers) », La Cartomancie complète ou l’Art de tirer les cartes  donnant la manière infaillible de connaître le passé, le présent et l’avenir,… d’après les plus célèbres nécromanciens(sic) tels que le Grand Etteila, terminé par les oracles d’une Sybille de la Chaussée d’Antin…, on trouve une trentaine d’occurences de l’expression dans le catalogue de la Bibliothèque Nationale pour les XVIIIe et XIXe siècles, beaucoup signées de ou faisant référence à Etteilla)  on peut lui reconnaître un choix plus synthétique que la plupart de ses collègues, le titre complet étant « L’art de tirer les cartes, méthodes modernes d’après les Maîtres de la cartomancie ». L’édition dont la couverture est ici présentée est daté de 1940, mais la première édition – comme en témoigne l’exemplaire (manquant) à la BNF – semble être de 1925.

la couverture d’une édition
de 1936 du même ouvrage, 
qui impose aussi une certaine
ambiance !

Quel est donc l’intérêt de cet ouvrage de J.Méry ? Ce n’est certes pas son exactitude historique : l’ouvrage démarre plutôt mal de ce côté là avec la phrase « Les Égyptiens ont inventé le Tarot pour prédire l’avenir « . Il enfonce le clou page 111 avec une transmission « jusqu’au XIIe siècle par les Templiers, et jusqu’au XVIIe siècle par les Rose-Croix« , cette dernière affirmation – contrairement aux précédentes – correspondant au moins à l’existence des cartes à jouer !

Ce n’est pas non plus le cœur du texte sur la cartomancie avec le jeu standard – 54, 36 et 32 cartes – ni sa rapide explication de différentes réussites qui sont du plus grand intérêt en ces pages ; notons en passant que ce dernier aspect – les réussites – est développé dans de nombreux ouvrages de cartomancie, mais qu’on trouve aussi dans beaucoup d’entre eux – par exemple dans « Les cartes et les Tarots méthode des Maîtres de la cartomancie » de Thylbus, Dangles, Paris, 1952 – des descriptions de tours d’illusionistes (disons le B-A-BA des tours d’illusionistes, comptage de cartes ou autres manipulations très faciles) ; Méry s’abstient de rentrer sur ce terrain de l’illusionisme.

Ce ne sont pas enfin les belles couvertures assez radicales qui ornent les différentes éditions du livre – les auteurs cartomanciens de nos jours font à la fois preuve de beaucoup moins de goûts avec leurs couleurs souvent criardes et de beaucoup moins d’audace en se contentant la plupart dutemps de reproduction de cartes.

Un point très intéressant par contre, c’est le Tarot que Méry présente comme ayant « conservé le plus fidèlement la tradition » est le Tarot Italien, qui serait le Tarot de prédilection pour les cartomanciennes à son époque (circa 1925 donc).

Autre particularité de Méry, c’est qu’il détaille toutes les cartes du Tarot avec leurs reproductions ; outre que cela nous permet de l’identifier avec certitude par de nombreux détails, on remarquera que Méry expose les 78 cartes du Tarot sans être entièrement coincé dans le carcan imposé par Etteilla – dont l’influence se fait néanmoins sentir – et en tentant une lecture symbolique – assez superficielle.
Ce Tarot Italien était l’appellation donné à un Tarot de Besançon basé sur le Tarot de Conver, avec Junon et Jupiter à la place de Pape et Papesse. C’est un Tarot que l’on doit à la maison parisienne Arnoult (1824-1864) (cf image ci-dessous), succédé par Maurin qui garde le nom pour être reprise par Lequart (1872-1891) et finalement rachetée par Grimaud. On peut trouver ces détails dans l’ouvrage deThierry Depaulis, Cartiers parisiens du XIXe siècle, Cymbalum Mundi, Paris, 1998, à consulter également pour l’explication de la création de la date « publicitaire » de 1748 conservée par Grimaud et sur laquelle on reviendra peut-être.
deux de deniers en similigravure dans l’ouvrage de Méry à gauche
et photographie de la carte d’Arnoult à droite
Tarot Italien par son nom commercial, mais bien Tarot de Besançon par son motif (comme d’habitude pour presque tout ce qui touche aux Tarots le nom est trompeur puisque le motif dit « de Besançon » vient d’Alsace – cf. une fois de plus T.Depaulis dans Tarots, jeu et magie, BNF, 1984).
Dans les classements des motifs de Tarots, les Tarots de Besançon relèvent plutôt du motif dit « Tarot deMarseille 1 », motif vraisemblablement plus ancien dont l’exemple type le plus connu est celui de Jean Dodal. Le motif dit « Tarot de Marseille 2 » réputé plus tardif est incarné par l’exemple du Tarot de Conver. Dans le cas de notre Tarot Italien, à part les deux caractéristiques détaillées ci-dessous, on a un cas particulier (mais pas unique) de Tarot de Besançon avec un motif de « Tarot de Marseille 2 » – logique puisqu’il s’agit vraisemblablement d’une copie du Tarot de Conver.
La principale caractéristique du Tarot de Besançon c’est bien sûr comme on le sait le remplacement de la figure de la Papesse (II dans la série des atouts) par Junon, où la « tradition ancestrale » évoquée par Méry en prend un coup puisque celle du Tarot de Besançon démarre au XVIIIe siècle :
et du Pape (V) relevé par Jupiter :
On sait que le Tarot dit « Ancien Tarot de Marseille » de Paul Marteau a été décliné du Tarot d’Arnoult, avec le rétablissement de la Papesse et du Pape (il existe je crois des exemplaires du Tarot d’Arnoult avec ces deux figures plus canoniques mais ma mémoire me faisant défaut au moment où j’écris ces lignes, je me garde d’être trop affirmatif et invite le lecteur à vérifier, et à me communiquer des références dans les commentaires). D’autres détails plus discrets ont été modifiés, ainsi dans la version de Paul Marteau, une certaine virilité a été rendue au Diable (XV) qui était très pudique dans le Tarot d’Arnoult :

À ce sujet on visitera avec intérêt le Musée de la carte à jouer d’Issy-les-Moulineaux, où est exposé sous le numéro 38 une pierre lithographique du Tarot de Paul Marteau à côté d’un exemplaire du Tarot Italien d’Arnoult version Grimaud – référencé (par erreur je suppose) comme « Ancien Tarot de Marseille » sous le numéro 39. Détail amusant : le Pendu (XII) est à l’envers sur la pierre lithographique, contrairement à sa position normale (le nombre en haut) dans le moule original de Conver (voir ici par exemple).

Pour conclure ce trop long exposé du livre de J.Méry, une fois de plus on remarquera combien le Tarot peut être trompeur, et on pardonnera donc à Méry ses erreurs, lui qui pensait manipuler un Tarot Italien, quand il s’agissait d’un Tarot de Besançon, donc paradoxalement originellement alsacien, fabriqué à Paris.

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Ancienne référence à la cartomancie en Espagne

Sur le blog de Mary Greer se trouve une compilation assez bien tenue de références à l’utilisation de cartes dans la divination.
Si le sujet dépasse la tarotologie exclusivement, englobant toutes sortes de cartes à jouer, à deviner, à apprendre, aux enseignes françaises, allemandes ou espagnoles, l’usage cartomantique a forcément quelque rapport aux Tarots depuis Court de Gébelin. On se permettra donc d’ici en causer !

Ainsi que le signale R.Caldwell – qui publia quelques trouvailles extraordinaires sur ce même thème – l’Espagne est une source importante en quantité de références (rares toutefois) à la pratique cartomantique avant le 18e siècle.
On peut y trouver d’autres allusions pas encore énumérées par madame Greer, ainsi, dans « Figure du Jeu » de Jean-Pierre Etienvre (source de Ross Caldwell), ce dernier signale – outre les documents de l’inquisition – cet extrait de « El Lindo Don Diego » de Agustín Moreto (1618-1669) en 1654 :

Fui a echar los naipes
porque Don Diego te deje,
y, según las cartas salen,
o mentirá el rey de bastos,
o no ha de querer casarse
très approximative traduction :
Je suis allée demander aux cartes
pourquoi te quitterais-je, Don Diego,
et d’après les cartes sorties,
ou le roi de batons mentira,
ou on ne doit pas désirer se marier

exemple repris – en espagnol – dans « Márgenes Literarios del Juego » du même auteur en 1990, où il ne manque pas au passage d’égratigner cette pratique dans son incarnation contemporaine : « uno de los refugios más baratos de la angustia cotidiana » (l’un des refuges les plus bon marchés de l’angoisse quotidienne), « Es un juego triste, y una adivinación chapucera » (c’est un jeu triste et une divination baclée). Dans ce dernier ouvrage Jean-Pierre Etienvre signale également que l’usage cartomantique « semble avoir eu des adeptes déjà en 1480 » (« cartomancia… que parece haber tenido adeptos ya en 1480 »). La date étant proche de la référence proposée par Ross Caldwell (Fernando de la Torre vers 1450), cité plus haut, on peut supposer qu’il s’agit de la même occurence.

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Éditions modernes du Tarot Parisien Anonyme

On sait peu de choses de ce magnifique Tarot qui nous arrive dans toute sa complétude au moins du XVIIe siècle, dont il pourrait bien être l’un des plus anciens exemplaires, et qui est sans doute le plus ancien Tarot complet encore conservé à ce jour. Classé par Thierry Depaulis(1) dans les Tarots de fantaisie, il présente une séquence des atouts tout ce qu’il y a de plus « canonique » par rapport aux Tarots dits de Marseille, et témoigne d’influences italiennes pour les légendes des cartes mais espagnoles pour la représentation des cartes numérales, influences partagées avec certains jeux du Oberdeutscher Stecher (le Maître de la Haute Allemagne) au XVe siècle.


Aujourd’hui, on peut – avec de la chance – en trouver un des deux fac-similés. Le premier a été édité par André Dimanche et fabriqué par Grimaud aux alentours de 1984, le second ensuite édité par Profutur et fabriqué par Carbonnel.

Voici un petit comparatif de ces deux éditions, qui permettront de les identifier facilement.
Premier point la boîte, dans l’illustration en début de cet article et dans les photographies qui suivent, à gauche la version Dimanche ornée de la carte « Le Monde », à droite la version Profutur avec « Le Soleil ».

Comme on peut le voir en regardant simplement les boîtes, l’édition Profutur semble dérivée de l’édition Dimanche, avec moins de soin dans la mise en page, et en recouvrant par de gros pavé blanc l’ancien texte. Elle n’a pas non plus le liseret doré qui fait cartouche autour du texte de l’édition Dimanche.

La boîte de l’édition Profutur est légérement plus haute et large mais moins profonde que celle de l’édition Dimanche, on va voir pourquoi.

La taille des cartes de l’édition Profutur (toujours à droite) dépasse d’un peu moins d’1,5mm en hauteur celle des cartes de l’édition Dimanche (toujours à gauche). Le dessin des cartes lui même fait environ 1mm de plus en hauteur.
Les cartes Profutur présentent un vernis épais et très brillant qui a tendance à accrocher, alors que celui des cartes Dimanche est plus mat – et glisse mieux.
Un détail qui ne se voit pas en photo, c’est la qualité du carton, bien rigide et plus épais d’une couche au moins dans la version Dimanche, (trop) souple et plus fin dans la version Profutur.

La qualité des reproductions n’est pas la même non plus. On peut voir à droite que les images Profutur présentent beaucoup plus de grain, alors que dans la version Dimanche les aplats sont plus homogènes ; dans les deux cas on  peut discerner les coups de pinceaux ou de brosse de la coloration pour certaines couleurs. Comme dans d’autres fac-similés de cartes anciennes, ce sont les rouges vifs qui sont les plus vagues.

Quand on s’attarde sur les dos, on se demande pourquoi la version Profutur a fait ce choix d’un fond rosé imprimé de bleu quand la version Dimanche a un fond blanc cassé imprimé de gris. Les deux versions reprennent heureusement le motif d’origine (identique à celui qui orne également les dos des Tarots de Noblet, Viéville et Rolichon au moins).

En outre les dos de la version Profutur présentent des variations importantes de chromie d’une carte à l’autre.
Le livret est plus épais dans la version Dimanche et pour cause : il contient bien plus de pages avec un texte de Thierry Depaulis, la version Profutur ne gardant que la partie « cartomancie » du texte commune aux deux livrets.

Pour résumer et comme on l’aura compris, la version Dimanche est de bien meilleure qualité. Cela n’empêche que trouver l’une ou l’autre édition sera en tous les cas une aubaine pour l’amateur de Tarots ou le collectionneur de cartes.

(1) dans l’indispensable et incontournable Tarot, jeu et magie, Bibliothèque Nationale, 1984

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jeux de tarots dans Tarocchi

Tarocchino.com propose Tarocchi, introducing card games for Tarot, un document intéressant qui rassemble des règles locales du jeu de Tarot. Le document – pas exhaustif mais assez long pour valoir le coup d’œil – est accessible gratuitement en ligne, mais également disponible au téléchargement en pdf, ou encore à l’achat (prix d’impression) chez Amazon ou Lulu (ou lulu).
(via Robert Mealing @ tarot-history, merci !)

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références vers quelques ressources en ligne…

Sermones de Ludo Cum Aliis c/ 1470 (?) en anglais sur tarotpedia en latin sur tarock.info
Marolles par T.Depaulis (1637 ou 1655 ?) dans le fascicule qui accompagne l’édition fac similé du tarot de Jacques Viéville, Le Héron 1984 – et également sur tarock.info
le plaisant iev de cartes de tarot sur tarock.info 1659
court de gébelin sur tarock.info  sur google books 1781
Wikipédia : Tarot de Marseille Tarot Cartomancie