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L’Art de tirer les cartes de J.Méry et un certain « Tarot Italien » de Besançon fait à Paris

 « L’Art de tirer les cartes » est un de ces manuels de cartomancie de la  première moitié du XXe siècle. L’une de ses couvertures est reproduite ci-contre, une plus ancienne l’est ci-dessous.


Si son titre n’est pas d’une originalité fulgurante ( Almanach de la bonne aventure, contenant l’art de tirer les cartesAlmanach du présent et de l’avenir : les songes expliqués, suivis de l’art de tirer les cartes et de prédictions pour chaque mois par Cibilia, Almanach-manuel de l’art de tirer les cartes : ou révélations complètes sur les destinées…  par Johannès Trismégiste,  L’Art de tirer les cartes françaises, suivi de l’Explication du Livre de Thet, ou Jeu de la princesse Tarot… par Johannès Trismégiste encore,  L’Art de tirer les cartes, ou le Moyen de lire dans l’avenir par le rapprochement des évènemens qui démontrent sans réplique l’art chronomancique « Traduit d’un manuscrit arabe », La Cartomancie ancienne et nouvelle, ou Traité complet de l’art de tirer les cartes égyptiennes ou françaises, tarots, etc.,… « recueilli et mis en ordre par Halbert (d’Angers) », La Cartomancie complète ou l’Art de tirer les cartes  donnant la manière infaillible de connaître le passé, le présent et l’avenir,… d’après les plus célèbres nécromanciens(sic) tels que le Grand Etteila, terminé par les oracles d’une Sybille de la Chaussée d’Antin…, on trouve une trentaine d’occurences de l’expression dans le catalogue de la Bibliothèque Nationale pour les XVIIIe et XIXe siècles, beaucoup signées de ou faisant référence à Etteilla)  on peut lui reconnaître un choix plus synthétique que la plupart de ses collègues, le titre complet étant « L’art de tirer les cartes, méthodes modernes d’après les Maîtres de la cartomancie ». L’édition dont la couverture est ici présentée est daté de 1940, mais la première édition – comme en témoigne l’exemplaire (manquant) à la BNF – semble être de 1925.

la couverture d’une édition
de 1936 du même ouvrage, 
qui impose aussi une certaine
ambiance !

Quel est donc l’intérêt de cet ouvrage de J.Méry ? Ce n’est certes pas son exactitude historique : l’ouvrage démarre plutôt mal de ce côté là avec la phrase « Les Égyptiens ont inventé le Tarot pour prédire l’avenir « . Il enfonce le clou page 111 avec une transmission « jusqu’au XIIe siècle par les Templiers, et jusqu’au XVIIe siècle par les Rose-Croix« , cette dernière affirmation – contrairement aux précédentes – correspondant au moins à l’existence des cartes à jouer !

Ce n’est pas non plus le cœur du texte sur la cartomancie avec le jeu standard – 54, 36 et 32 cartes – ni sa rapide explication de différentes réussites qui sont du plus grand intérêt en ces pages ; notons en passant que ce dernier aspect – les réussites – est développé dans de nombreux ouvrages de cartomancie, mais qu’on trouve aussi dans beaucoup d’entre eux – par exemple dans « Les cartes et les Tarots méthode des Maîtres de la cartomancie » de Thylbus, Dangles, Paris, 1952 – des descriptions de tours d’illusionistes (disons le B-A-BA des tours d’illusionistes, comptage de cartes ou autres manipulations très faciles) ; Méry s’abstient de rentrer sur ce terrain de l’illusionisme.

Ce ne sont pas enfin les belles couvertures assez radicales qui ornent les différentes éditions du livre – les auteurs cartomanciens de nos jours font à la fois preuve de beaucoup moins de goûts avec leurs couleurs souvent criardes et de beaucoup moins d’audace en se contentant la plupart dutemps de reproduction de cartes.

Un point très intéressant par contre, c’est le Tarot que Méry présente comme ayant « conservé le plus fidèlement la tradition » est le Tarot Italien, qui serait le Tarot de prédilection pour les cartomanciennes à son époque (circa 1925 donc).

Autre particularité de Méry, c’est qu’il détaille toutes les cartes du Tarot avec leurs reproductions ; outre que cela nous permet de l’identifier avec certitude par de nombreux détails, on remarquera que Méry expose les 78 cartes du Tarot sans être entièrement coincé dans le carcan imposé par Etteilla – dont l’influence se fait néanmoins sentir – et en tentant une lecture symbolique – assez superficielle.
Ce Tarot Italien était l’appellation donné à un Tarot de Besançon basé sur le Tarot de Conver, avec Junon et Jupiter à la place de Pape et Papesse. C’est un Tarot que l’on doit à la maison parisienne Arnoult (1824-1864) (cf image ci-dessous), succédé par Maurin qui garde le nom pour être reprise par Lequart (1872-1891) et finalement rachetée par Grimaud. On peut trouver ces détails dans l’ouvrage deThierry Depaulis, Cartiers parisiens du XIXe siècle, Cymbalum Mundi, Paris, 1998, à consulter également pour l’explication de la création de la date « publicitaire » de 1748 conservée par Grimaud et sur laquelle on reviendra peut-être.
deux de deniers en similigravure dans l’ouvrage de Méry à gauche
et photographie de la carte d’Arnoult à droite
Tarot Italien par son nom commercial, mais bien Tarot de Besançon par son motif (comme d’habitude pour presque tout ce qui touche aux Tarots le nom est trompeur puisque le motif dit « de Besançon » vient d’Alsace – cf. une fois de plus T.Depaulis dans Tarots, jeu et magie, BNF, 1984).
Dans les classements des motifs de Tarots, les Tarots de Besançon relèvent plutôt du motif dit « Tarot deMarseille 1 », motif vraisemblablement plus ancien dont l’exemple type le plus connu est celui de Jean Dodal. Le motif dit « Tarot de Marseille 2 » réputé plus tardif est incarné par l’exemple du Tarot de Conver. Dans le cas de notre Tarot Italien, à part les deux caractéristiques détaillées ci-dessous, on a un cas particulier (mais pas unique) de Tarot de Besançon avec un motif de « Tarot de Marseille 2 » – logique puisqu’il s’agit vraisemblablement d’une copie du Tarot de Conver.
La principale caractéristique du Tarot de Besançon c’est bien sûr comme on le sait le remplacement de la figure de la Papesse (II dans la série des atouts) par Junon, où la « tradition ancestrale » évoquée par Méry en prend un coup puisque celle du Tarot de Besançon démarre au XVIIIe siècle :
et du Pape (V) relevé par Jupiter :
On sait que le Tarot dit « Ancien Tarot de Marseille » de Paul Marteau a été décliné du Tarot d’Arnoult, avec le rétablissement de la Papesse et du Pape (il existe je crois des exemplaires du Tarot d’Arnoult avec ces deux figures plus canoniques mais ma mémoire me faisant défaut au moment où j’écris ces lignes, je me garde d’être trop affirmatif et invite le lecteur à vérifier, et à me communiquer des références dans les commentaires). D’autres détails plus discrets ont été modifiés, ainsi dans la version de Paul Marteau, une certaine virilité a été rendue au Diable (XV) qui était très pudique dans le Tarot d’Arnoult :

À ce sujet on visitera avec intérêt le Musée de la carte à jouer d’Issy-les-Moulineaux, où est exposé sous le numéro 38 une pierre lithographique du Tarot de Paul Marteau à côté d’un exemplaire du Tarot Italien d’Arnoult version Grimaud – référencé (par erreur je suppose) comme « Ancien Tarot de Marseille » sous le numéro 39. Détail amusant : le Pendu (XII) est à l’envers sur la pierre lithographique, contrairement à sa position normale (le nombre en haut) dans le moule original de Conver (voir ici par exemple).

Pour conclure ce trop long exposé du livre de J.Méry, une fois de plus on remarquera combien le Tarot peut être trompeur, et on pardonnera donc à Méry ses erreurs, lui qui pensait manipuler un Tarot Italien, quand il s’agissait d’un Tarot de Besançon, donc paradoxalement originellement alsacien, fabriqué à Paris.

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Ancienne référence à la cartomancie en Espagne

Sur le blog de Mary Greer se trouve une compilation assez bien tenue de références à l’utilisation de cartes dans la divination.
Si le sujet dépasse la tarotologie exclusivement, englobant toutes sortes de cartes à jouer, à deviner, à apprendre, aux enseignes françaises, allemandes ou espagnoles, l’usage cartomantique a forcément quelque rapport aux Tarots depuis Court de Gébelin. On se permettra donc d’ici en causer !

Ainsi que le signale R.Caldwell – qui publia quelques trouvailles extraordinaires sur ce même thème – l’Espagne est une source importante en quantité de références (rares toutefois) à la pratique cartomantique avant le 18e siècle.
On peut y trouver d’autres allusions pas encore énumérées par madame Greer, ainsi, dans « Figure du Jeu » de Jean-Pierre Etienvre (source de Ross Caldwell), ce dernier signale – outre les documents de l’inquisition – cet extrait de « El Lindo Don Diego » de Agustín Moreto (1618-1669) en 1654 :

Fui a echar los naipes
porque Don Diego te deje,
y, según las cartas salen,
o mentirá el rey de bastos,
o no ha de querer casarse
très approximative traduction :
Je suis allée demander aux cartes
pourquoi te quitterais-je, Don Diego,
et d’après les cartes sorties,
ou le roi de batons mentira,
ou on ne doit pas désirer se marier

exemple repris – en espagnol – dans « Márgenes Literarios del Juego » du même auteur en 1990, où il ne manque pas au passage d’égratigner cette pratique dans son incarnation contemporaine : « uno de los refugios más baratos de la angustia cotidiana » (l’un des refuges les plus bon marchés de l’angoisse quotidienne), « Es un juego triste, y una adivinación chapucera » (c’est un jeu triste et une divination baclée). Dans ce dernier ouvrage Jean-Pierre Etienvre signale également que l’usage cartomantique « semble avoir eu des adeptes déjà en 1480 » (« cartomancia… que parece haber tenido adeptos ya en 1480 »). La date étant proche de la référence proposée par Ross Caldwell (Fernando de la Torre vers 1450), cité plus haut, on peut supposer qu’il s’agit de la même occurence.

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Explaining the Tarot

Trois respectables historiens du Tarot se sont réunis pour commenter deux textes italiens du XVIe siècle. Thierry Depaulis, Ross Sinclair Caldwell et Marco Ponzi proposent chez Maproom Publications Explaining the Tarot

L’ouvrage réunit le « Discorso sopra l’ordine delle figure dei Tarocchi » de Francesco Piscina (1565) et un texte anonyme qui lui est contemporain, tous deux traduits en anglais.
« Explaining the Tarot » – que je n’ai pas encore eu l’heur de consulter – est proposé pour la somme très raisonnable de 7 livres britanniques.
Mise à jour : Michael J. Hurst a publié une critique fort détaillée accompagnées de quelques développements très intéressants.

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Éditions modernes du Tarot Parisien Anonyme

On sait peu de choses de ce magnifique Tarot qui nous arrive dans toute sa complétude au moins du XVIIe siècle, dont il pourrait bien être l’un des plus anciens exemplaires, et qui est sans doute le plus ancien Tarot complet encore conservé à ce jour. Classé par Thierry Depaulis(1) dans les Tarots de fantaisie, il présente une séquence des atouts tout ce qu’il y a de plus « canonique » par rapport aux Tarots dits de Marseille, et témoigne d’influences italiennes pour les légendes des cartes mais espagnoles pour la représentation des cartes numérales, influences partagées avec certains jeux du Oberdeutscher Stecher (le Maître de la Haute Allemagne) au XVe siècle.


Aujourd’hui, on peut – avec de la chance – en trouver un des deux fac-similés. Le premier a été édité par André Dimanche et fabriqué par Grimaud aux alentours de 1984, le second ensuite édité par Profutur et fabriqué par Carbonnel.

Voici un petit comparatif de ces deux éditions, qui permettront de les identifier facilement.
Premier point la boîte, dans l’illustration en début de cet article et dans les photographies qui suivent, à gauche la version Dimanche ornée de la carte « Le Monde », à droite la version Profutur avec « Le Soleil ».

Comme on peut le voir en regardant simplement les boîtes, l’édition Profutur semble dérivée de l’édition Dimanche, avec moins de soin dans la mise en page, et en recouvrant par de gros pavé blanc l’ancien texte. Elle n’a pas non plus le liseret doré qui fait cartouche autour du texte de l’édition Dimanche.

La boîte de l’édition Profutur est légérement plus haute et large mais moins profonde que celle de l’édition Dimanche, on va voir pourquoi.

La taille des cartes de l’édition Profutur (toujours à droite) dépasse d’un peu moins d’1,5mm en hauteur celle des cartes de l’édition Dimanche (toujours à gauche). Le dessin des cartes lui même fait environ 1mm de plus en hauteur.
Les cartes Profutur présentent un vernis épais et très brillant qui a tendance à accrocher, alors que celui des cartes Dimanche est plus mat – et glisse mieux.
Un détail qui ne se voit pas en photo, c’est la qualité du carton, bien rigide et plus épais d’une couche au moins dans la version Dimanche, (trop) souple et plus fin dans la version Profutur.

La qualité des reproductions n’est pas la même non plus. On peut voir à droite que les images Profutur présentent beaucoup plus de grain, alors que dans la version Dimanche les aplats sont plus homogènes ; dans les deux cas on  peut discerner les coups de pinceaux ou de brosse de la coloration pour certaines couleurs. Comme dans d’autres fac-similés de cartes anciennes, ce sont les rouges vifs qui sont les plus vagues.

Quand on s’attarde sur les dos, on se demande pourquoi la version Profutur a fait ce choix d’un fond rosé imprimé de bleu quand la version Dimanche a un fond blanc cassé imprimé de gris. Les deux versions reprennent heureusement le motif d’origine (identique à celui qui orne également les dos des Tarots de Noblet, Viéville et Rolichon au moins).

En outre les dos de la version Profutur présentent des variations importantes de chromie d’une carte à l’autre.
Le livret est plus épais dans la version Dimanche et pour cause : il contient bien plus de pages avec un texte de Thierry Depaulis, la version Profutur ne gardant que la partie « cartomancie » du texte commune aux deux livrets.

Pour résumer et comme on l’aura compris, la version Dimanche est de bien meilleure qualité. Cela n’empêche que trouver l’une ou l’autre édition sera en tous les cas une aubaine pour l’amateur de Tarots ou le collectionneur de cartes.

(1) dans l’indispensable et incontournable Tarot, jeu et magie, Bibliothèque Nationale, 1984

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Nicolas Rolichon, Tarots de Lyon, 16xx ?

Tarot de Nicolas Rolichon d’après
Histoire des jeux de société
de Jean-Marie Lhôte, 1994

Repéré en 1994 par Jean-Marie Lhôte dans Histoire des jeux de société, le Tarot de Nicolas Rolichon intéressera forcément les amateurs de Tarots.


La légende qui accompagnent les reproductions des Tarots de Nicolas Rolichon dans Histoire des jeux de Société de Jean-Marie Lhôte est la suivante :

Tarots de Nicolas Rolichon, Lyon, XVIIe siècle. Ce jeu n’est connu que par la reproduction de ces vingt-quatre cartes, publiées dans le dictionnaire Larousse mensuel en juillet 1919. Il appartient au type Tarot de Marseille. Son intérêt est grand car les premiers modèles du genre datent seulement du début du XVIIIe siècle.

On trouve en ligne des références à un Nicolas Rolichon à Lyon fin XVIe début XVIIe sur le site de l’IPCS mais dans ce cas pour des cartes standard au portrait du Dauphiné/Piedmont

Grâce à la générosité des chercheurs qui animent les forums traditiontarot et tarothistory, voici quelques éclaircissements sur cette trouvaille de Jean-Marie Lhôte et quelques opinions expertes à son sujet.

Pour commencer Ross G. Caldwell a déniché une reproduction de l’article du Larousse mensuel de juillet 1919(1) (dont voici les cinq planches au format image : 1 2 3 4 5 ) et plusieurs références à des cartiers nommés Nicolas Rolichon ou Rolichon à Lyon. Il nous rapporte également un échange entre Jean-Marie Lhôte et Thierry Depaulis : l’original semble introuvable, et la source du Larousse est inconnue (photographie, autre reproduction du dessin seul, moules ?) ; les deux chercheurs ne retiennent pas le Nicolas Rolichon daté d’environ 1600 comme créateur de ce jeu, la date leur paraissant trop précoce, et l’estiment de la fin du XVIIe, en tous cas post-1635 ce qui en ferait néanmoins un exemple fort précoce de Tarots de Lyon au motif dit de Marseille.

Charly Alverda signale que l’on en trouve des reproductions dans Le Tarot du point de croix : quelques images y sont effectivement reproduites, en noir et blanc hélas et plutôt de moins bonne qualité que celles du Larousse – dont elles semblent être des reproductions.

Huck Meyer a relevé lui aussi différentes occurences du nom Rolichon associé aux cartes.

Robert Mealing a relevé d’intéressantes correspondances entre les images des tarots de Nicolas Rolichon et les tarots de Jean Dodal, et s’interroge sur les datations de l’un et de l’autre, soulignant quelques détails qui lui font supposer que les Tarots de Dodal pourraient être antérieurs (ou issus d’un modèle antérieur) aux Tarots de Nicolas Rolichon.

À suivre ?

notes:
(1) un article de Henry Decharbogne

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jeux de tarots dans Tarocchi

Tarocchino.com propose Tarocchi, introducing card games for Tarot, un document intéressant qui rassemble des règles locales du jeu de Tarot. Le document – pas exhaustif mais assez long pour valoir le coup d’œil – est accessible gratuitement en ligne, mais également disponible au téléchargement en pdf, ou encore à l’achat (prix d’impression) chez Amazon ou Lulu (ou lulu).
(via Robert Mealing @ tarot-history, merci !)

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Quelques notes de recherches

En vrac pour mémoire :

Académie universelle des jeux 1842 Tarot

une critique de cartomancie avec les tarots à Paris en 1800  dans Le Nouveau Paris de Louis-Sébastien Mercier

et plus dans la suite (mise à jour : avec mes excuses aux lecteurs car certaines images de google ne renvoient plus aux bonnes pages ou aux bons ouvrages, et certains textes illustrés peuvent être devenus sans rapport avec le sujet initial, on devrait néanmoins retrouver les références, j’essaierai de corriger les erreurs qui apparaitraient)

Edit de création d’un droit de perception sur les cartes, tarots et dés 22 mai 1583

Mémoires de Michel de Marolles, second dessein pour le ballet des armoiries où se trouve compris celui des cartes & des tarots , neuvième discours du ballet où sont évoqués seulement les trois bouts parmis les triomphes.

 
(…)
 

Encyclopédie méthodique Arts et métiers mécaniques les enseignes et le dos taroté sont précisées, mais étonnamment les atouts ne sont pas évoqués. Les Tarots est oublié à Paris en 1782 ? À voir car un dictionnaire circa 1690 donne la même définition simplifiée.

Dans le Manuel Lexique ou dictionnaire portatif des mots françois, en 1767, l’abbé Prévost s’étonne de la taille importante des cartes.

Dans Les Recherches des recherches et autres œuvres de Me Etienne Pasquier de1622, on note cette remarque sur le jeu des Tarots qui représente une République mieux que les Echecs ne représentent la cour d’un Roy : 

et aussi
 En 1743 dans « Amusemens de la chasse et de la pêche » une utilisation inattendue (on retrouve le texte dès 1719)
On peut s’étonner dans ce lexique franco espagnol de 1625, que ce soit en langue espagnole qu’on utilise les enseignes françaises, et dans la traduction française qu’on utilise les enseignes latines du Tarot :
 
 Le tarot est cité parmi d’autres amusements dans Le Page Disgracié de François Tristan Lhermite en 1667:

En 1606 dans la traduction française de Histoire Maccaronique de Merlin Coccaie, prototipe de Rablais  de Teofilo Folengo (voir à ce sujet ce message sur Tarot History), on ne s’étonnera pas de trouver :

En 1655 dans le Trésor de recherches et antiquitez gauloises et françoises de Pierre Borel une orthographe peu courante, Tharauts  :

Basilicon Doron, ou présent royal de Iacques, roi d’angleterre, Escoce et irlande : instruction au prince Henri son fils pour bien régner, traduction française de 1605 par le sieur de Villiers Hotman, les tarots sont conseillés à l’héritier.

1672 : le Faut-Mourir et les excuses inutiles qu’on apporte à cette nécessité par Jacques Jacques (sic), la Mort ne joue pas aux Tarots :

1782 : Mélanges tirés d’une grande bibliothèque, de la lecture des livres françois, Tome XXI, sur la communauté des cartiers, leur travail, Rabelais et le saint patron de ladîte communauté.
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Sol Fama

Voici une note en passant pour se distraire sans aucune prétention, surtout pas historique !
Sans prouver ou contredire que Fama est là pour Renommée,l’extrait « hors-sujet » et hors-contexte d’un texte de Matteo Boiardo (tarologiquement connu et cité pour un autre texte) offre une proposition de sens (de lecture) pour l’étendard de la carte XIIII de Viéville :

Dopo la morte sol fama n’ avanza, 
E veramente son color tapini, 
Che d’ aggrandirla sempre non han cura, 
Perché sua vita poco tempo dura.

Orlando Innamorato,  Matteo Maria Boiardo

Certains veulent y lire « fama sol » comme dans les tarots flamands, pourtant le texte en miroir est bien « sol fama » dans cet ordre, comme dans l’Orlando Innamorato de Boiardo. Ce qui n’implique pas forcément qu’on doive identifier cette XIIII à la renommée. Ce qui n’implique pas non plus qu’on ne puisse pas la lire dans l’autre sens. Ce qui n’interdit pas non plus toutes les interprétations des mots « sol fama » qu’on peut donner. Néanmoins, ce bout de phrase « après la mort, sol fama » résonne fort agréablement avec la carte XIIII du tarot de Jacques Viéville, précédée qu’elle est par la XIII.

Elle résonne évidemment aussi avec les Triomphes de Pétrarques, influence notoire de Boiardo, triomphe de la Renommée sur la Mort:


Da poi che Morte triunfò nel volto
che di me stesso triunfar solea,
e fu del nostro mondo il suo sol tolto,
partissi quella dispietata e rea,
pallida in vista, orribile e superba
che ‘l lume di beltate spento avea:
quando, mirando intorno su per l’erba,
vidi da l’altra parte giugner quella
che trae l’uom del sepolcro e ‘n vita il serba.

Après que la Mort eut triomphé
de celle qui d’ordinaire triomphait de moi,
et que notre monde eut été privé de son soleil,
Cette impitoyable et mauvaise partit,
la pâleur empreinte sur son visage, horrible,
glorieuse d’avoir éteint le flambeau de beauté.
Soudain, regardant autour de moi parmi les herbes,
je vis venir du côté opposé celle qui tire l’homme
du tombeau, et le fait revivre.

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Autour du bateleur

Un post sur Tradition Tarot par Luca relève une définition du mot bateleur : en 1489 d’après le Dictionnaire Godefroy de l’ancien français c’est un sonneur de cloche que désigne bateleur ou batteleur. C’est aussi un batelier.
Excellent ressource où l’on pourra vérifier entre autres le mot atrempance ou atemprance pour tempérance mais aussi tempérament.

Ceci inspira une idée amusante à appliquer sur Google Books , en fouillant les références anciennes au mot bateleur. Voici ce qu’on y peut trouver pêle-mêle à l’occasion d’un survol loin d’être exhaustif qui ne remonte pas plus tôt que le XVIIe siècle, où il est question de minchiate, de dictionnaires, de latin, d’espagnol et d’allemand,du fou et du bateleur, et d’une sorte de singe, à lire en cliquant ci-dessous.


En 1766 chez Joseph Jérôme le Français de Lalande une description du Minchiate et de ses 97 cartes, avec les noms de quelques trionfi (« objets bizarres« ) pages 38 et 39 – « inventé par Michel Ange« . Jérôme y identifie le pape, qui serait le portrait d’Innocent X, alors que le Minchiate est habituellement dépourvu de pape (même si les cinq premières cartes sont appellées papi) et il donne aux autres triomphes les noms de ceux du tarot de Marseille – quand les cartes de Minchiati ne portent habituellement pas de nom. On y trouve également mention du mot « versicule » à rapprocher peut-être du « brizigole » (Si quelqu’vn a les quatre hautes ou les quatre basses de triomphes, ce qui s’appelle Brizigole) qu’on trouve dans la règle de 1655. Extrait :

II y a quatre-vingt-dixsept cartes, grandes & épaisses du double des nôtres ; savoir cinquante-six des quatre couleurs ordinaires : car les Italiens ont quatre figures , au lieu que nous n’en avons que trois. Plus , quarante figures singulières numérotées , & le fou ou matto , qui tient lieu du zéro, en augmentant la valeur des autres. Ces figures portent le nom des étoiles, du soleil, de la lune , du pape , du diable , de la mort, du pendu, du bateleur , de la trompette , du jugement dernier, & autres objets bizarres. Les unes ont une valeur intrinsèque , qui varie entr’elles , d’autres n’en ont point; mais le numéro supérieur , qui ne vaut rien , ne laisse pas de couper l’inférieur, qui vaut des points. Le tout consiste à avoir dans son jeu au moins trois numéros de suite, ayant une valeur qui se puisse compter d’entrée en tierces ou, comme ils l’appellent, en versicules ;

Le Nouveau dictionnaire François-Latin-Allemand en 1744 donne à Bateleur les définitions suivantes :

Au hasard de lectures de pages sans autres relations apparentes que ce mot de bateleur, on accrochera parfois à des petites phrases qui à la lumière des associations du Tarot prennent un sens particulier (in De l’art de Parler, Bernard Lamy, 1676):

Comment distingue-t’on un bateleur qui fait le fou d’avec un fou véritable ? N’est-ce pas parce que l’on voit que ce bateleur ne joüe ce personnage que pour un peu de temps , & qu’un fou est toujours fou ?

images du tarot de Jean Noblet © J-C.Flornoy

En continuant dans les dictionnaires,Le Dictionnaire Royal 1691 donne à Bateleur :

joueur de farces, Charlatan, joueur de passe-passe, mais aussi bateleur exprimant les choses par les gestes, mime, funambule (qui danse sur la corde).

À peu près la même chose, mais rien qui se rapproche du terme qu’on trouve dans les tarots (bagat). Un oubli sans doute puisqu’on le trouve à bagatelliere dans le Thresor des trois langues, espagnole, françoise et italienne de 1644 :

Voilà pour ces élucubrations sur les recherches internet, au hasard desquelles votre serviteur tomba sur cette définition instructive :

un bertran, sorte de singe
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Francesco Piscina Discorso 1565

discours de Francesco Piscina sur l’ordre des figures du tarot
signalé sur Tarot History http://forum.tarothistory.com/viewtopic.php?f=8&t=362
Il s’agit d’une traduction en anglais du texte italien original par « Marco » corrigé par Ross G.R. Caldwell.
En voici un bref survol en français maladroitement traduit ou résumé suivant les passages (le texte est à la première personne, les passages entre guillemets sont des traductions) dans la suite.

http://www.tarotpedia.com/wiki/Piscina_Discorso_1

« discours requis par les illustres seineurs Daniele Malabaila et Francesco Belli, et d’autres de mes amis ou maîtres ». MDLXV.

http://www.tarotpedia.com/wiki/Piscina_Discorso_2
L’idée que le Mat/fou serait le premier viendrait d’une mauvaise compréhension des gens du peuple, qui feraient du tarot une analogie avec le théatre et la comédie où le fou apparait le premier pour raconter des farces. Deux explications « plus correctes » :
– il pourrait signifier le début puéril et la fin sénile de la vie humaine (enfance et vieillesse) dépourvues de sagesse.
– « ce qui pourrait être pris pour une plaisanterie » , explication qui serait issu d’une comédie d' »Intronati », de l’académie de Sienne, sur l’aubere du Mirroir et l’auberge du Fou (à noter le regard du fou sensé être tourné vers un miroir (associé à fama)).
Le fou dans le jeu Brezicole peut remplacer le roi ou la reine.

Le bagat/bateleur « vêtu en aubergiste » lisible pour les voyageurs comme les signes des lys, aigles, faucons, couronnes et rois, qui « dans toues les bonnes et célèbres villes désignent [la bonne hôtellerie] ».

    http://www.tarotpedia.com/wiki/Piscina_Discorso_3
    Les Empereurs et les Papes suivent, « représentant les grands Princes » « qui prennent grand plaisir des bouffons … pour se rafraichir l’esprit ». Dans le jeu l’empereur peut parfois l’emporter sur le pape « ainsi qu’il arrivat au béni Clement VII … dont l’honneur a été offensé par … les soldats barbares … de l’auguste et invaincu empereur Charle V ».
    Ensuite vient la représentation de « Cupidon » pour l’Amour, lisible de deux manières :
    l’amour veut dire la folie, il fait perdre la raison aux hommes en particulier à ceux qui s’emploient aux loisirs et aux plaisirs, donc les Princes.
    Ou bien l’inventeur les a placé là pour représenter l’affection et la passion, et ainsi la Justice suit si immédiatement après les Princes parcequ’il leur appartient d’administrer et d’appliquer la Justice, et que la Justice l’emporte sur la passion et ne doit pas être gouvernée par elle. L’amour est ici représenté dans la forme vulgaire qui prive de jugement, moins digne que la Justice.
    Cupidon serait la représentation de l’amour vulaire qui est d’après les platoniciens un désir sans limité d’obtenir quelque chose d’aimé.
    Après la Justice, nous trouvons le Chariot triomphant dans le huitième numéro, il est suivi dans le neuvième la Force, et dans le dixième la Fortune. Ces trois portraits « dans le plus bel ordre font référence aux Papes, Empereurs et Princes ». Aux princes la Force. La Force est nécessaire à la  Justice trop faible par elle-même.

    http://www.tarotpedia.com/wiki/Piscina_Discorso_4
    Dans la dixième place la Fortune : « l’auteur voulait dire que bien que Papes et Empereurs soient grands, forts et puissants, leurs honneurs, triomphes, pouvoirs et grandeurs et toutes ces choses terrestres et tous biens temporels sont sujets à l’insolence de la Fortune » (suit citation Arioste) Et c’est pourquoi la Fortune est ici placée car elle domine et gouverne tout ce qui précède.
     la Justice (terrestre) est soumise à la Fortune parcequ’elle est aussi une chose transitoire et périssable.
    Ensuite vient le Vieil Homme Bossu(l’ermite) chargé de pensées et de soucis qui gagne et surpasse la Fortune.
    Il représente un conseil prudent, il ne vante pas la prospérité mais ne fait pas désespérer dans l’adversité.
    « Un homme prudent et sae l’emporte sur le Sort et la Destinée, car en lui est quelque chose qui est plus qu’humain, ainsi il l’emporte aussi sur la Fortune, qui est terrestre et considéré comme presque rien par le prudent. Le vieil homme représente a conseil bien pesé et un jugement excellent ».

    Le vieil homme est suivi par Le Pendu , qui en est arrivé là parcequ’il a ignoré les bons conseils. L’inventeur (du tarot) l’a placé là pour représenter un malhonnête faux vicieux et pestiféré (sic). Un homme complètement dépourvu de quelque vertue qui s’est pendu lui même est aussi désespéré qu’un homme dépourvu de conseil. « celà montre la fin terrible de ceux qui dénigrent les avis prudents, et donc les vertues : ces ens sont haïs par tous et quand ils meurent ils perdent toute renommée, leur nim, comme si ils n’étaient jamais nés.

    Suit la Mort « le démon extrême ». La mort est aussi placée là pour signifier que ceux dont on a discuté plus haut sont soumis à(victime de) la Mort (papes, empereurs, triomphes, forces, vices et tous les autres).
    Celà est vérifié parcequ’après la mort à la treizième place, ne suit rien sur quoi elle ait une quelconque emprise.

    http://www.tarotpedia.com/wiki/Piscina_Discorso_5
    La Tempérance suit.
    Une très belle vertue qui nous modère dans les plaisirs du corps, qui ne craint pas la Mort, ni l’inconstance de la Fortune, au contraire elle rend les hommes immortels, les sort de la tombe et leur assure une longue vie immortelle. Comme l’auteur a assez discuté des choses mortelles, il avance vers des sujets plus valables, célestes. Comme la nature ne permet pas de chanements trop rapide ni de passer d’un extrême à l’autre, avant de monter dans les sujets célestes à la toute fin des choses terrestres il place les Démons – fils « des dieux » mais ni terrestres ni célestes.Pour les platoniciens les démons sont des esprits dans l’air entre les dieux et les hommes.
    Après les démons vient le Feu, comme intermédiaire entre les Étoiles célestes et les choses du monde.
    Pour les philosophes et les naturalistes il est l’élément entre la Lune, le Soleil et toute autre étoile.
    L’inventeur place alors toutes les choses de la nuit, les étoiles et la lune, vaincues et surpassées par le Soleil.
    L’inventeur voulait ici conclure, de façon très chrétienne, il place en dernier l’image du paradis céleste, un ange chantant et jouant, réjouit les esprits bénis qui méritent la joie éternelle.
    Il (l’auteur) a considéré bien que tout incomparable immense et infini que soit Dieu, il est néanmoins nécessaire de bien agir pour gagner la gloire du paradis, ainsi que les évangélistes l’ont enseigné. Ainsi devant l’image du paradis, il a placé le portrait des quatre évangélistes par leurs symboles, L’ange, le Bœuf, l’Aigle et le Lion, qui représentent les célèbres et saint piliers de la foi en JC. Ainsi on se libère des mains du Diable dont le seul désir est de nous dévorer. l’auteur a placé l’image du monde au milieu des quatre saints evangélistes pour nous enseigner que le monde ne peut être sans religion.

    http://www.tarotpedia.com/wiki/Piscina_Discorso_6
    Notre objectif a été de seulement discuter l’ordre des fiures du Tarot.
    Nous ne voulons cependant pas omettre de discuter le reste des cartes du jeu. Toutes ces choses relèvent du même sujet car l’inventeur a placé ces quatres qualités des choses, Coupes, Pièces(Deniers), Épées et Batons, pour signifier les quatre saisons de l’année, ou les quatre âges de l’homme,  
    Elles représentes les diversités des conditions de la vie humaine, c’est à dire la guerre et la paix. Les batons représentes les anciennes guerres, pour lesquelles ils étaient utilisés, pour les guerres mais aussi les conflits privés – ainsi Cain tua son frère Abel avec un grand baton.
    Avec l’épée il représente les guerres et batailles modernes.
    Avec les coupes et les deniers, l’inventeur très moral a représenté les situations paisibles. Les coupes représentent le vin qui rend heureux les hommes et éloigne leurs cœurs des pensées mélancholiques. Comme en temps de paix presque tout le monde vit avec aisance, les deniers ont été ajoutés pour représenter la satisfaction ; avec eux on peut réaliser tous nos désirs.
    Mais comme on ne se satisfait pas de cette explication, on voudra en ajouter une autre, qui n’est pas moins morale et qui confirme presque la précédente : l’inventeur avertit les Princes que dans les guerres que représentent les batons et les épées, nous ne voulons pas toujours utiliser l’épée, mais souvent les batons, qui sont un châtiment moins lourd que les épées. Mais quand d’arrogants ennemis deviennent trop insolent et fiers en raison de la magnanimité de leurs maîtres et Princes, alors il est temps d’utiliser les épées, pour punir de mort leur témérité et leurs crimes.  Mais comme nous faisons tout pour un but, et comme le but des guerres est la paix et la tranquilité, afin que les hommes vivent heureux et contentés, notre très prudent Auteur a ajouté les coupes et les deniers, qui, comme je l’ai dit, rendent les hommes heureux et contentés. Pourquoi ce nombre de quatre et pas un autre ? parcequ’il est plus parfait que tous les autres. Parmis tous, et en particulier les modernes, celà a été expliqué par Ficino dans sa discussion sur le Timaeus de Platon des chapitres XX à XIV.

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    références vers quelques ressources en ligne…

    Sermones de Ludo Cum Aliis c/ 1470 (?) en anglais sur tarotpedia en latin sur tarock.info
    Marolles par T.Depaulis (1637 ou 1655 ?) dans le fascicule qui accompagne l’édition fac similé du tarot de Jacques Viéville, Le Héron 1984 – et également sur tarock.info
    le plaisant iev de cartes de tarot sur tarock.info 1659
    court de gébelin sur tarock.info  sur google books 1781
    Wikipédia : Tarot de Marseille Tarot Cartomancie